Graines de baobab

Penser un changement, c'est aussi éduquer autrement. Camille, professeur des écoles de l'Education Nationale quitte les salles de classes classiques pour trouver ce chemin là, au travers de l'art thérapie, d'ateliers de philosophie et d'accompagnement scolaire. Apprendre à être soi, développer le meilleur de soi même, réinventer demain, autant de leitmotivs développés chez Graines de Baobab, au lac Marion à Biarritz. Elle y propose un accompagnement pédagogique et thérapeutique pour révéler le potentiel individuel de l'enfant. Prendre le temps de développer sa créativité, sa confiance en soi, et son esprit critique...


Qu'est ce qui amène un professeur d'école à quitter l'éducation nationale ?

L'instituteur n'a pas le choix de son lieu de vie, surtout célibataire sans enfant. Dans ma situation, je me serais installée sur la côte basque dans quinze ou vingt ans. Face à l'absence de liberté géographique, je me suis posée la question de ce que je voulais vraiment. Certaines opportunités à Biarritz, comme la possibilité d'un lieu pour développer mes ateliers m'ont convaincu. J'ai demandé une disponibilité pour tester mon projet, pour aider les enfants en difficulté avec l'art thérapie. L'éducation nationale me l'a refusée. Pour monter mon projet, je devais accepter qu'il me serait impossible de travailler de nouveau pour l'éducation nationale à moins de repasser le concours. Cette décision était difficile. Mais les propositions de travail ne me permettaient pas de rester avec la même classe tous les jours de la semaine pour construire ce que je souhaitais. 

Ici, j'ai créé 'Graine de baobab', j'ai rassemblé tout ce que je savais et aimais faire à l'école. Tout ce qui est apprentissage de soi, corps, fonctionnement mental, compréhension et gestion de ses émotions. Tout ce qui me tenait à coeur de voir dans ma classe, afin d'exprimer son ressenti, de régler les conflits. Il est vrai qu'à l'école, ce travail empiétait sur le programme, mais la classe avait une meilleure atmosphère. L'enfant a naturellement envie d'apprendre, d'aller vers les autres, de se comprendre. Le nom de 'graines de baobab' vient de là, considérer les enfants comme une petite graine qu'il faudrait laisser pousser, aider l'enfant à mettre de la lumière sur ce trésor en lui, son potentiel.

Qu'est ce que tu apportes aujourd'hui dans tes ateliers ?

Dans mes ateliers philosophie, je laisse les enfants s'exprimer sur des thèmes qui les questionnent, du type qu'est ce que l'amour, la mort, où j'étais avant d'être dans le ventre de maman... Les enfants se posent beaucoup de questions qui restent taboues autour d'eux, et je prends le temps d'y répondre. Laisser place à ces débats, relancer la machine à penser, qu'ils comprennent qu'ils peuvent cheminer, ressentir les choses, trouver leur ressentis personnels. Dans ces ateliers, je suis très en retrait, à part pour recentrer les débats. L'intérêt des ateliers philo est d'apprendre à penser ensemble, se nourrir de la pensée des autres, pouvoir exprimer ses idées. 

Je crois beaucoup que pour qu'il y ait un changement de société, il faut un changement de l'humain profond, aller à la source, échanger avec les enfants. Travailler sur la communication non violente, sur la compréhension de ses émotions, savoir que nous ne sommes pas définis par elles. Les enfants ont soif de toute cette connaissance là, je trouve que l'école coupe un petit peu de tout cela. Je me suis formée à l'art thérapie, pour donner de la place au processus artistique, à la spontanéité, à cet élan créatif qui n'a pas trop sa place à l'école. Je propose des ateliers d'expression libre aux enfants, créer sans attente de résultat. L'important est qu'il reprennent du plaisir à faire, de la confiance en soi en voyant le résultat, en choisissant le chemin, la couleur, en réalisant que si quelque chose ne leur plait pas, ils peuvent le transformer. Savoir que tout est malléable, que tout est en mouvement, que rien n'est figé, que si tu n'aimes pas ce que tu as fait, tu peux le changer est un enseignement primordial. 

Je fais le suivi d'enfants en difficulté scolaire. L'art thérapie est un moyen d'expression en soi, qui contourne les mots. Les enfants peuvent trouver difficile d'exprimer ce qu'ils ressentent. Pour cette raison, je leur demande d'être dans le faire. Petit à petit, ils me racontent, ils se racontent les choses, au travers de collages, de sculptures en argile. En général, les enfants gravitent autour de thèmes selon leurs besoins. Ils décident. Je les écoute, je n'apporte pas les réponses. L'enfant va chercher les réponses. Petit à petit, ils s'inventent une nouvelle fin, quand la fin ne leur plaît pas. Ils comprennent que dans la vie, il est toujours temps de créer une autre fin. Il y a un intérêt pour les enfants en difficulté scolaire. C'est le psychique qui déborde, il ne leur a jamais été possible d'exprimer cela, de le mettre quelque part. Parfois, ils ont besoin de trouver les mots. Je les aide à le formuler. Le processus créatif permet de dire leur histoire. L'art thérapie permet cela. 


À coté, je cherche à réussir à développer l'intelligence émotionnelle, intra personnelle, afin de mieux vivre les cours de récréation. Aujourd'hui, il y a une violence incroyable dans les cours de récréation. Les enfants ne savent pas vivre avec l'autre. Ils n'ont pas d'empathie, ils ne savent pas ce qu'ils ressentent. Leurs seuls outils pour répondre sont les cris, la violence physique. Je travaille sur les méthodes d'apprentissage, visuel, auditif... Il y a autant de perceptions du monde que de personnes. L'école n'apporte qu'une seule méthode scolaire. Je trouve dommage que certains enfants soient laissés de coté, dû à un autre profil d'apprentissage, à d'autres ressources, d'autres talents que les connaissances mathématiques et langagières valorisées par l'école. Ces enfants se retrouvent dans une case selon un trouble, hyper sensible, hyper actif... Ces étiquettes sont difficiles à vivre. Ils perdent confiance en eux. Alors qu'il suffirait de trouver leur porte d'entrée à eux, en les écoutant.

Et en dernier lieu, un projet pour l'avenir ? 

Mon projet à long terme serait une école. L'idéale est une structure raccrochée à l'éducation nationale, et non pas un modèle luttant contre. Lutter contre un système n'est pas ce que je souhaite. Je veux créer quelque chose à coté, alimenter comme une petite graine qui pousse à côté, et qui viendra ensuite, je l'espère, se raccrocher à l'éducation nationale, et pas un modèle qui lutte contre. Créer comme une petite graine qui pousse à côté, et imaginer que cela peut inspirer l'éducation nationale, ce serait génial. Le changement vient de la capacité d'adaptation, de création. C'est ce qu'il faut nourrir chez les nouvelles générations, et l'école ne va pas dans ce sens là aujourd'hui. Mon projet serait une école où les élèves deviennent des créatifs. Les aider à devenir eux mêmes, à savoir interagir avec les autres, recréer une unité, un modèle de transition, durable, donner de nouvelles perspectives aux enfants, innover. Sortir du modèle de transmission classique, penser l'école comme un échange avec les enfants. Créer une école ouverte à tous les acteurs, aux intervenants, aux professionnels de santé. Nous devrions avoir accès aux bilans des orthophonistes, travailler ensemble. Tous les adultes qui gravitent autour de l'enfant devraient travailler ensemble. Les parents ne peuvent pas rentrer dans l'école, c'est une aberration. Nous devons tous travailler ensemble pour le bien de l'enfant, pour répondre à ses besoins.