Gratiferias

La gratiferia... Traduisons le nom de cette fête par vide grenier gratuit ou marché gratuit. C'est l'économie du don. Donne qui veut, prends qui veut. La gratiferia est née en Argentine. Ariel Rodriguez Bosio en est l'inventeur. Il nous explique le cheminement de création de ce mouvement qui touche aujourd'hui plusieurs pays, et dont la clé selon lui est de penser différemment, de s'éloigner de la culture de consommation. 

Qu'est ce qu'une gratiferia ?

Une gratiferia est une fête de la gratuité. Le besoin de réciprocité, de donner pour recevoir, n'existe pas. Il n'est pas nécessaire de laisser quelque chose pour prendre en retour. Ce n'est pas un système de troc. Certains donnent, d'autres prennent. Le but est de se débarrasser de ce que vous n'utilisez pas; et que cela devienne le trésor d'un autre, directement, sans intermédiaire. Et de faire de cette situation, une fête !

Comment sont nées les gratiferias ?

L'idée m'est venue après trois déménagements en cinq ans. J'ai réalisé que je transférais d'un lieu à un autre certains cartons sans même les déballer. J'ai voulu prendre seul mes responsabilités, m'assurer que ces objets aillent dans les mains de ceux qui les utiliseraient réellement. Je me refusais à ce que tout ce matériel aille à la poubelle. J'ai décidé de créer un mouvement dans lequel les gens pouvaient partager tout ce qu'ils n'utilisaient pas, et ce directement. Ma première action a été de simplement déposer des vêtements dans un coffre, des livres dans une vitrine, et une table couverte d'objets dans mon école d'arts martiaux. En 2010, à mon retour de voyage, j'ai démantelé mon école d'arts martiaux et décidé de faire quelque chose du coffre et des objets divers, et ce de la façon la plus simple possible, avec une affiche. Cela a eu pas mal de répercussion. Beaucoup m'ont écrit pour organiser la même chose dans leur espace à eux, dans des centres culturels, jusqu'à ce qu'un jour nous sortions le concept dans la rue.

Quelles sont les réactions des gens ?

Elles sont plus que favorables, bien qu'il soit nécessaire d'expliquer le concept de nombreuses fois. Chaque gratiferia devient une réussite. L'histoire est lancée, les gratiferias ne cessent de se décupler. Des gratiferias ont été organisées dans presque toutes les provinces d'Argentine, au Chili, en Uruguay, au Brésil, en Bolivie, au mexique, en Colombie, en Guadeloupe, en Espagne, en France, en Israel...

Comment organiser une gratiferia ? 

Tout part du volontariat. Il suffit juste de la simple énergie des uns et des autres. Les dons d'objets ou de vêtements doivent toujours être en bon état. Quelqu'un doit se porter volontaire pour entreposer les objets restants, et quelqu'un pour les déplacer, dans l'attente de la prochaine organisation d'une gratiferia. Souvent des personnes se portent volontaires pendant l'évènement, ce qui augmente le nombre d'organisateurs. Aucun besoin d'argent, ou si, pour l'impression des posters. 

L'important est d'avoir une grande dose de motivation. J'ai lancé des gratiferias dans mes voyages, sans rien avoir à donner moi même, en faisant part de l'idée, et quelqu'un créait un flyer, un autre venait le jour de l'évènement avec des disques, une autre personne des citrons de son jardin, un autre des objets de décoration, une dame sa télévision, d'autres des chaussures, des vêtements... Bien sûr en France, il faut surement une autorisation, je n'en ai jamais demandé.... 

L'évènement se fait connaître au travers des médias, journaux, presse, radios, programmes télévision, réseaux sociaux. Facebook reste l'outil le plus efficace, regroupant des gens sur des pages. Il est important de communiquer sur le concept, la devise, de clarifier qu'il n'y a aucune obligation d'amener quelque chose pour participer, et qu'il ne s'agit pas de troc. Une dizaine de jours suffisent pour inviter les gens à participer. 

Peu de choses sont nécessaires pour lancer une gratiferia, il faut laisser des couvertures pour que les gens puissent déposer leurs objets dessus. Nous organisons des activités, pour en profiter pour répandre une contre culture, des ateliers de jardin, des conférences sur l'alimentation, de la musique live... Après, je vous assure que pour moi les gratiferias sont les meilleures fêtes du monde. J'entends souvent des gens me le dire. Et le principal reste encore de bien accueillir tout le monde !