KATXI KLOTHING


Démarche éco-responsable et célébration de la culture du Pays Basque sont l'ADN de Katxi Klothing, une marque de Saint Jean de Luz. Rencontre avec ses deux fondateurs, Jean et Thibaut, dans leur showroom au 34 rue Léon Gambetta. Ils nous racontent l'histoire de Katxi Klothing, à deux voix, à ne plus savoir qui dit quoi, tellement ils tiennent la même ligne, finissent les phrases de l'autre, surenchérissent, et se mettent en valeur l'un l'autre. Ce récit aborde la réalité de ceux qui grandissent ici, la problématique de l'emploi, la richesse des vrais symboles de notre territoire, l'envie de contribuer à développer l'économie locale. 

Jean : Tu as l'air inspiré... tu commences ? 

Thibaut : Nous sommes amis depuis la maternelle. Nos mères ont discuté, et on s'est retrouvé en internat à Betharam, le collège connu pour recevoir les meilleurs élèves du coin (rires). Katxi est né là-bas. Notre univers n'était pas celui que nous avons aujourd'hui, la thématique principale à l'époque c'était les fêtes de village, d'où Katxi, que nous avons gardé en référence à notre histoire. 

Jean : Je dessine depuis toujours. Thibaut a voulu réaliser une série de t-shirts avec mes dessins, et a tout vendu en deux semaines. Après Betharam, il y a eu le bac, la collocation à Bordeaux, le diplôme de graphisme pour moi et de commerce pour Thibaut, puis il y a eu Paris et les voyages. Et nous sommes revenus à Saint Jean de Luz, à faire des petits boulots. Aucun de nos contrats de travail ne correspondaient à nos domaines. L'idée de Katxi nous revenait souvent. Les amis nous motivaient. On s'est dit pourquoi pas se lancer, avec les sous de nos boulots de saisonniers, tout en continuant de chercher du travail. C'était sans prétention. L'intention n'était pas une marque de fringues, il en existe tellement. Comment penser entrer en concurrence face à HM ou Zara ? La page Facebook a pris d'un coup, 500 fans en un quart d'heure, grâce au réseau local. En grandissant ici, tu connais tout le monde, ce qui a ses avantages et ses inconvénients... On nous demandait où acheter les fringues, et nous avions peu de stock. 



Nous avons imprégné la marque de nos valeurs, c'est à dire utiliser des matières éco- responsables, faire travailler les gens autour de nous. Savoir avec qui nous travaillons. Connaître ceux à qui nous donnons notre chèque à la fin du mois. Tout ça est très important, au lieu de donner à une grosse entreprise. Nous avons réalisé au fur et à mesure que nos valeurs étaient partagées par beaucoup de gens. Cette philosophie nous permet aussi d'échanger directement, de regarder en détails la collection, plutôt que de travailler avec l'autre bout du monde. Cela crée du lien. Nous prouvons que c'est réalisable. Beaucoup nous disaient : 'qu'est-ce que vous faites ? Travailler avec des locaux ! Si personne ne le fait, c'est que c'est impossible''. Nous avions ce défi là de prouver le contraire. Nos trois couturières et deux sérigraphistes font un travail de qualité. Aucun besoin d'aller chercher ailleurs ! 

Thibaut : Nos sous traitants, nous les connaissons très bien, ils sont à Saint Jean de Luz, Saint- Pée-sur-Nivelle, Bayonne, Urrugne. Le centre pour personnes en situation de handicap, l'ESAT, établissement et service d'aide par le travail, à Arbonne s'occupe de l'étiquetage, du pliage. Ce travail de logistique est positif pour le centre, les éducateurs, pour eux et pour nous. Il n'y a rien de mieux que leur énergie pour soigner la démotivation d'un lundi difficile... 



Le but du projet est de créer de l'emploi. Notre génération est partie dans les grandes villes et se retrouve à travailler ailleurs pour se payer des vacances ici. Il y a un problème... Tout le monde veut revenir. Il n'y a pas de travail. On essaie d'en créer. Notre couturière a fini par se mettre à son compte avec succès. Un ami qui avait arrêté la menuiserie s'est lancé un peu grâce à nous. Katxi permet de soutenir d'autres projets en parallèle, d'accompagner les gens qui n'osent pas forcément. Montrer la dynamique. Si on crée tous, on va tous se tirer vers le haut. Si on fait plein de petits, on va devenir grand ensemble. C'est plus qu'une marque de fringues. 

Ce qui nous importe c'est mettre en avant les dessins de Jeannot, s'habiller comme on veut, créer des partenariats avec nos rencontres. C'est ce qui nous dynamise. Prouver qu'ici des gens savent faire. Il est possible de travailler avec les locaux, et c'est préférable. Nous sommes convaincu que si tu fais travailler ton voisin, un jour cela reviendra vers toi, et il te donnera du taff. C'est de l'entraide aussi. Tout le monde se fait travailler. Au final cela fonctionne. Les gens d'ici sont attachés à cette valeur de solidarité. 

 Après il y a les dessins. Représenter le réel Pays Basque. Depuis que nous avons créé Katxi, il y a quinze ans, des marques locales - et je ne citerai pas de nom - jouent sur des clichés du pays. Cela n'aide pas. À Bordeaux ou à Paris, les clichés du Pays Basque font de nous des chorizo et des jambons. À se demander si les gens s'étaient rendus compte qu'il existait autre chose au Pays Basque. En voyageant, on a pu se rendre compte qu'avoir autant sur une si petite échelle, l'océan, la montagne, une culture, est très rare. On a toute cette richesse. Changer tous les clichés superficiels, proposer une autre image du Pays Basque, avec de vraies références. Il existe chez nous des histoires de fou, un passé et une culture forte. Jeannot met en valeur cela. Il a beaucoup de connaissances sur le sujet. 


Jean : La culture basque est immense. Certains éléments sont encore applicables aujourd'hui. Il est possible de mêler le traditionnel au moderne. Dans le Pays Basque Sud, les références que nous utilisons sont connus. Quand on a fait le t-shirt sur Sabino Arana, ils le connaissaient. Ici on est obligé d'expliquer. Il y a toute une mission éducative à faire passer. Le but est de rappeler qui est le créateur du drapeau basque, ou qui est El Cano le premier à faire le tour du monde complet à la voile puisque c'est lui qui a ramené le bateau. Dans les livres d'Histoire, on apprend que c'est Magellan. De l'autre côté de la frontière, il savent que c'est El Cano. Là-bas, ils le connaissent, et ici c'est un parfait inconnu... 

Thibaut : Grâce à la pâte de Jeannot qui modernise le tout, on ramène ces histoires. 

Comment vous soutenir ? 

Thibaut : Nous aider à trouver d'autres locaux, sur Saint Jean de Luz. On est luzien, on veut rester luzien. Notre showroom actuel est mon appartement. Nous avons tout fait nous mêmes, histoire de ne pas prendre trop de risques, voir si cela continuait à marcher. Depuis trois ans, cela fonctionne. Nous passons un autre niveau. Donc si vous entendez quelque chose... Le but serait de créer de l'emploi dans chaque département, marketing, commercial... 

Jean : Garder à l'esprit qu'on habille aussi beaucoup d'équipes salariales. Les collections capsules. C'est une autre dimension que de créer un uniforme de travail. Et c'est bientôt notre anniversaire, la soirée de nos trois ans, le 16 février chez Renault à Saint Jean de Luz.