PLOMBKEMON


Tom Flambeaux, pêcheur, plongeur en apnée et surfeur biarrot s'est donné pour mission de nettoyer l'océan du plomb de pêche. Avec cette action concrète, il se donne en exemple, et lance une compétition pour encourager d'autres à le faire de façon ludique. Une sorte de chasse au trésor dont le butin est de rendre service à la nature, en nettoyant les fonds marins, et dépolluant l'océan.


Quel est ton constat sur la présence du plomb dans l'océan ?

J'avais déjà il y a dix ans pendant un voyage en Australie pris conscience de la quantité de plomb posée au fond de l'océan. Pour me fabriquer une ceinture, j'ai plongé sur un lieu de pêche. J'ai ramené six kilos de plomb en seulement 20 minutes, à cinq mètres du bord. Deux failles au fond de la mer formaient un entonnoir rempli par 25, 30 ans de pêche. Imaginez ce que peut faire un siècle de pêche à nos fonds marins. Les pêcheurs utilisent le plomb pour lancer la ligne, quand elle s'accroche au rocher, le plomb reste dans l'océan. Personne ne fait rien. C'est comme si dans votre cuisine, vous ne sortiez pas les déchets, et qu'ils s'entassaient.

Le plomb est toxique, et va se fixer d'un organisme vivant à l'autre, du mollusque au poisson jusqu'à l'homme. Cela traverse la chaîne alimentaire. C'est mutagène. Il y a des solutions, des marques vendent du matériel de pêche biodégradable ou moins polluant, mais plus cher. Le pêcheur n'a pas envie de payer plus pour un plomb de cent grammes. Si c'était le même prix, tout le monde s'y mettrait. En attendant, le plomb empoisonne tout ce qu'il y a autour.



Comment débute l'histoire de UPCYCLE Plombkemon ?

L'histoire de Plombkemon commence à Biarritz, où j'ai grandi entre le surf, la plongée, la chasse sous marine. Je connais si bien le coin que je trouve rapidement un poisson. Pour le plaisir de rester dans l'eau après ma prise, j'ai commencé à ramasser les déchets. Je ramenais des tuyaux, des roues, toute sorte de choses. J'étais choqué de voir ce que je trouvais, et combien il y avait de plomb. J'ai décidé de laisser le harpon à la maison et d'y aller avec ma bouée, mes filets et de ramasser le plomb.

Pendant deux saisons, j'ai récolté le plomb avec mon simple matériel de plongée. J'ai fait une campagne de financement participatif grâce à laquelle j'ai acheté un détecteur de métal sous-marin. Je n'ai pas pu financer la GO pro ou l'ordinateur qui m'auraient permis de sensibiliser les gens. Mais le détecteur me permet de nettoyer plus efficacement. Je vais jusqu'à onze mètres de profondeur en apnée. Je pose une corde entre mon filet et ma bouée pour éviter d'aller plus profond.


Comment est venu l'idée d'organiser le Plombkemon Challenge ?

En observant ce qu'une seule personne pouvait faire, j'ai voulu amener d'autres gens à collectivement ramasser une tonne de plomb au travers d'une compétition dans toute la France, le Plombkemon Challenge. Les plongeurs peuvent participer à nettoyer les fonds, individuellement ou en club, en apnée ou bouteille. Tous les niveaux peuvent participer. On peut récolter du plomb, à marée basse dans les rochers, ou à des mètres de profondeur. L'objectif : récolter une tonne. Seulement 18 kilos ont été ramassé la première année grâce au challenge. J'ai décidé d'atteindre ce chiffre seul. J'ai continué, en partageant sur les réseaux sociaux. J'y allais par toutes conditions. Je faisais des repérages quand l'eau était claire. Et par eau trouble, j'allais aux endroits déjà repérés. Parfois je laissais un filet rempli de plomb et je le ramassais plus tard. C'est en faisant ces tas que j'ai observé que les poulpes venaient récupérer leur plomb pour y vivre. Un poulpe choisit le plomb plutôt qu'un caillou pour sa densité afin de protéger l'entrée de son habitat.

Le 8 décembre 2017, je suis arrivé à une tonne. Je suis passé partout. Le résultat de ce travail, je le pèse à chaque remontée, puis sur le trajet en vélo. 1200 kilos plus tard, le constat est flagrant et satisfaisant. Il y a un résultat. Et si l'association se nomme PLOMBKEMON UPCYCLE, c'est dans l'idée d'utiliser le plomb pour ne pas qu'il reparte dans l'eau. Je ne le vends pas au ferrailleur. Je ne veux pas qu'il finisse en cartouche de chasse dans la nature, ou en plomb de pêche. 


Comment soutenir ?

Soit en participant au Plombkemon Challenge, soit en parlant afin de le soutenir. Le challenge recommence cette année; et ce, de mai à octobre. C'est comme une chasse au trésor, sauf que le butin est de rendre service à la nature. La première année, la compétition a totalisé 18 kilos de plomb, l'an dernier 270. C'est quinze fois plus. Un club de plongée a réellement pris la compétition au sérieux en 2018. Ils sont déjà en course. C'est physique si réalisé en apnée et il faut s'y connaître, le faire avec respect, ne pas retourner les cailloux n'importe comment, mais tout le monde peut le faire à son niveau, même à marée basse, dans les rochers. 


De mon coté, je fais avec les moyens du bord. Je suis limite dans ma pratique, j'y vais seul. J'ai financé toutes les dépenses en matériel, environ 2000 euros. La banque Crédit Agricole s'est intéressée à mon action après avoir vu un reportage sur France 3, et a proposé de m'aider au travers de son programme Tookets, une monnaie solidaire pour financer des associations. Il suffit que les gens nous choisissent quand on leur propose d'aider une des six associations, et ce, quand ils réalisent des achats, épargnent, participent à des jeux concours... Ce soutien pendant un an à partir de janvier peut m'aider. Il suffit de nous désigner auprès de votre banque.

Une place au port me changerait aussi la vie. Avec un bateau, je pourrais me déplacer et par exemple nettoyer la digue de Sainte Barbe. Je voudrais aussi aller en Bretagne. J'avais monter un appel à projets pour acheter un voilier, partir avec toute une équipe, faire des actions de sensibilisation dans les villes portuaires, informer les clubs de plongée, expliquer le constat et les actions possibles. Le dossier n'a pas été retenu. Je cherche à trouver des magasins qui pourraient faire point de collecte, et reprendre du plomb contre des bons d'achats, même d'une valeur symbolique. Et j'ai encore d'autres idées et projets en tête pour nettoyer l'océan du plomb.